Quand la nouvelle tombe, il est joyeux, léger et insouciant face à la tâche qui va être demandée... Et oui, le futur thésard exulte et pense à l'année écoulée, qui a payé, puisqu'il a réussi à décrocher une bourse... ah ce temps là de la joie, du non-questionnement et du on-verra....
Mais quel est le prix de sa joie, quelles perspectives a t'il ? Oui bien sûr, il travaille trois ans, quatre ans... Mais tout le monde le sait, 80% du travail de recherche est fait par les thésards et les post-docs, c'est pratique des petits doctorants, et post-doctorants qui ont tout à prouver... Les chercheurs, ils doivent ramener de l'argent, gérer pour certains des cours, s'occuper de leurs thésards, alors forcément la recherche... c'est quand il reste un moment de libre....
Alors tout repose sur lui, là, le petit thésard-j'ai-tout-à-prouver. Qu'il était joyeux au début.... Que ses épaules s'alourdissent mois après mois... Parqu'il veut faire plaisir à ses directeurs, mais en même temps, il tient à s'épanouir dans la recherche, à faire sa place, à y trouver des perspectives d'avenir, à être reconnu par tout ce petit monde qui peut le comprendre quand il parle... Mais parfois tout ça n'est pas compatible, et si tu ajoute la petitesse de ce monde-en-compréhension-de-lui, tu peux ajouter du poids sur les épaules de plus en plus rapidement, au fur et à mesure du temps passé à y penser. Il ne sait même pas si il va avoir un poste, il va probablement partir à l'étranger, mais ne sait pas si il aura l'occasion de revenir... il doute, il pense, il a peur...
Le "avant" devient le bon temps, le "pendant" se fait panique, le "après" se devine trou noir...
Tu ajoutes une pincée de vie sociale et vie sentimentale pour le thésard qui se l'accorde, qui en a besoin, qui a envie de tout, rencontrer, voir ,faire, parler, agir ... Enfin, tout ce qui n'est pas dans la thèse, parce qu'une vie complète ne s'écrit pas en trois cent pages de thèse.... Qu'est-ce qu'il reste ? Une cocotte-minute vivante, manque plus qu'un petit rien pour qu'il explose le doctorant-sais-plus-trop-où-il-en-est.... Si vous entendez un sifflement pas loin, attention à l'explosion, au menu il y aura : régurgitation de toutes les données avalées en 3ans, plus un cahier de doléance sur les directeurs, et une litanie de demande d'assurance sur le futur, tout ça pèle mêle, sans début ni fin définis, le doctorant-incohérent, au moment de l'explosion, s'accroche à la première personne-oreille à proximité....
HHH qui fait son méa-culpa à la personne-oreille pour l'avoir transformée à son tour en cocotte-minute (ben, oui c'est qu'en plus c'est contagieux entre thésards !)... Voilà maintenant j'ai prevenu...
Comment t'erre ?